Faire vivre le décret dans la nébuleuse et à budget réduit ?

Les paris sont lancés !

Avec la circulaire interprétative du 20 juillet, la Ministre Alda Greoli présente et explique aux Centres culturels soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles les principes de la trajectoire budgétaire qu’elle a retenue pour appliquer le décret du 21 novembre 2013.
Elle répond ainsi aux demandes pressantes du secteur et de ses fédérations de définir et de clarifier le financement du décret par la Fédération dans les années à venir. Mais l’incertitude dans laquelle les Centres culturels ont dû commencer à mettre en œuvre les prescriptions du décret depuis le 1er janvier 2014 n’appartient pas pour autant au passé.

Premièrement, comme l’indique la circulaire même, le scénario de financement retenu ne permettra de financer que les deux premiers trains de reconnaissances : celles accordées au 1er janvier 2016 et au 1er janvier 2017 et qui ne concernent que 8 Centres culturels.
En effet, dans le contexte nébuleux et vu la complexité du décret et le manque d’accompagnement, beaucoup de Centres ont reporté l’introduction de leurs demandes de reconnaissances. Aujourd’hui, à 15 mois de la fin de la période de transition, seuls 57 des 115 opérateurs reconnus sous le décret de 1992 ont déposé leurs dossiers. Tenant compte de la durée de la période de traitement des dossiers, le plus gros de l’effort financier pour appliquer le décret (même à budget réduit) est donc encore à venir. Cela signifie que pour pouvoir financer les reconnaissances ultérieures en suivant le même scénario, il faudra obtenir de nouveaux moyens, selon la circulaire à partir de 2018 déjà – 11 reconnaissances seront alors dans la balance (sans tenir compte des demandes de nouveaux opérateurs). La question se posera avec plus d’acuité encore dans les années suivantes où des solutions seront nécessaires pour la plus grande masse des dossiers. Or, rien n’est acquis à ce jour. Aucun plan budgétaire pluriannuel n’existe.

A ce manque de perspectives financières s’ajoute toujours un grand flou artistique relatif à différentes autres modalités d’application du décret.
La traduction des reconnaissances accordées dans des contrats-programmes signés s’avère particulièrement complexe et longue. A ce jour, aucun contrat-programme n’a pu être signé – cinq sont censés être sur la table ; la rédaction des trois autres n’a pas encore pu être finalisée.
Le chemin que parcourent les premiers dossiers un peu plus complexes, ceux qui intègrent des demandes de reconnaissances « complémentaires », démontre à quel point ce « décret de liberté » qui cherche à ne pas trop cadrer l’action des Centres culturels peut, dans un contexte où les moyens mais aussi la confiance font défaut, produire des effets pervers. La recherche de balises pour instruire les dossiers, l’évaluation de la manière dont les projets concernés s’articulent dans une politique culturelle plus large, leur inscription dans une stratégie budgétaire globale, tout cela demande du temps et des allers-retours supplémentaires entre les opérateurs et la Fédération. De plus en plus, le décret est perçu comme un dispositif qui multiplie les exigences sans toutefois fournir de consignes claires ni récompenser les investissements nécessaires pour pouvoir y répondre.

Le « nouveau » décret sur les Centres culturels aura bientôt 4 ans et la période de transition, pendant laquelle les opérateurs reconnus dans les termes du décret de 1992 peuvent continuer à bénéficier de leurs subventions dans l’attente de leurs nouvelles reconnaissances, se terminera dans une bonne année.
Aujourd’hui, le premier résultat de ce qui aurait dû éclairer le projet et les missions des Centres culturels et apporter un souffle nouveau à ce secteur sous-valorisé et sous-financé depuis des années, ressemble à un état de confusion et d’essoufflement historique.
Afin et avant de pouvoir faire vivre le décret, la première urgence est maintenant de redonner de l’air et des perspectives aux Centres culturels existants. D’assurer la survie et le renouvellement constant de ces espaces ouverts où on partage l’aventure de découvrir, d’interpréter et de réinventer des représentations du monde. Où la dignité des personnes peut s’exprimer dans toute sa richesse et sa diversité. Où la capacité de chacun à agir sur son environnement est interrogée et renforcée. Bref : où on contribue à « l’exercice de l’ensemble des droits culturels par tous et pour tous, dans le respect de l’ensemble des droits humains ». (art. 2 § 3 du décret du 21 novembre 2013 relatif aux Centres culturels)

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