Point de vue 3: « Programmer sans Propulse? »

Dans un petit Centre culturel, quel avenir pour la diffusion artistique? Quelques réflexions suite à l’annulation de Propulse 2020

Ce Point de vue a été rédigé par Laurent Habran, directeur du Foyer culturel de Florennes.

Le Foyer culturel de Florennes est relativement petit. Comme c’est le cas pour une bonne moitié des lieux du secteur, notre projet se limite à l’« action culturelle générale ». On espérait la reconnaissance d’une spécialisation, on espère le financement des collaborations, … L’équipe aussi est petite, sept personnes, avec une chargée de l’accueil et de l’encodage comptable, quatre animateurs et un ouvrier polyvalent. Et, évidemment, un directeur qui s’occupe de la gestion de l’équipe, de l’animation du Conseil d’Administration et du Conseil d’Orientation, de la gestion financière, des relations avec les partenaires et de tous les imprévus qui nous tombent dessus au quotidien, car on ne demande rien au directeur lorsque tout va bien, mais cela n’arrive jamais…

Néanmoins c’est avec plaisir que j’accomplis toutes les tâches nécessaires au bon fonctionnement de l’association. Parmi celles-ci, citons les nombreux rapports et justificatifs demandés tous azimuts et toujours plus nombreux, tout comme ces démarches indispensables pour multiplier les sources de subventionnement – les bailleurs de fonds qui devraient nous permettre de fonctionner sereinement réduisent nos bourses d’années en année.

Alors quand il reste un peu de temps, on se souvient qu’il est bon de faire aussi de la diffusion artistique pour accompagner nos concitoyens dans leurs découvertes d’œuvres stimulantes, qui renforcent l’exercice de leurs droits culturels et pour mettre en valeur nos artistes si nombreux. N’oublions pas qu’il n’y pas si longtemps, on incitait les Centres culturels à « bouger certaines lignes », pour offrir à tous ces créateurs plus de place, plus de visibilité, plus de travail.
Évidemment, faire des choix de programmation pertinents, cela prend du temps, un temps déjà rare que, dans mon petit Centre culturel, il incombe au directeur de trouver.

Heureusement, des initiatives comme les Rencontres Théâtre Jeunes publics ou Propulse permettent de concentrer en quelques jours et dans des lieux rapprochés un nombre conséquent de découvertes.
Il est vrai que les spectacles programmés, malgré leurs qualités, ne conviennent pas toujours aux réalités budgétaires et techniques des petits lieux. Mais – la nature ayant horreur du vide –  un programme « off » les complète utilement par des propositions tout aussi intéressantes et parfois mieux adaptés à nos réalités. Autant de possibilités donc pour visionner de belles créations et gagner beaucoup de temps, tout en profitant de l’occasion pour rencontrer et échanger avec des collègues et des intervenants du milieu du spectacle.

Et maintenant voilà que se trouvent menacés ces moments si précieux !

C’est avec inquiétude et incompréhension que j’apprends qu’il n’y aura pas Propulse en février 2020…

D’où vient cette décision ? Quelles en sont les raisons ? Les fédérations, ont-elles été associées aux réflexions et débats ? Quelle alternative la Fédération Wallonie-Bruxelles, pourra-t-elle proposer, notamment aux programmateurs des lieux éloignés de Bruxelles et des grandes villes ?

Le directeur-programmateur que je suis se retrouvera-t-il donc obligé de sillonner les routes et les salles pour effectuer sa sélection pour la saison prochaine ? Sera-t-il obligé de rendre le temps encore plus élastique ?
Le nouveau décret sur les Centres culturels nous incite à mieux articuler la diffusion aux grands enjeux de notre projet d’action culturelle, ou au moins, à approfondir notre travail de médiation culturelle autour des spectacles.
Vu ce qui précède, sera-t-il possible de continuer à donner à la diffusion artistique sa juste place dans l’action de mon Centre culturel ?
Comme on le sait tous, les élastiques ne s’étirent pas à l’infini : à force de les tendre dans toutes les directions, ils finissent par casser, c’est physique.

 

Les points de vue des professionnels en Centres culturels ou qui traduisent des aspects de leurs réalités professionnelles sont les bienvenus!
N’hésitez pas à nous les envoyer.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.