Prolongation des contrats-programmes
L’ASTRAC interpelle la Ministre-Présidente en charge de la Culture, Élisabeth Degryse
Ces décisions soulèvent des questions majeures pour l’ensemble des 122 Centres culturels: les moyens sont-ils encore à la hauteur des missions ? Le cadre décrétal reste-t-il prévisible et fiable ? Quelle place est laissée aux commissions d’avis ? Comment éviter une mise en concurrence entre opérateurs ? Comment préserver la qualité des pratiques, le bien-être au travail et de l’exercice des droits culturels ?
Pour 26 Centres culturels dont le contrat-programme devait arriver à échéance fin 2026 et qui venaient d’introduire leurs demandes de reconduction des reconnaissances, les effets sont particulièrement interpellants. Les reconductions pourraient être reportées à 2029 pour ces Centres culturels, mettant à mal les mobilisations collectives animées par les équipes, avec des habitant·e·s, des artistes et des partenaires territoriaux.
Une décision qui fragilise le travail accompli
Renouveler un contrat-programme ne se résume pas à une simple demande de subvention. C’est une démarche structurante et lourde de sens pour les Centres culturels et leurs équipes. Le dépôt du dossier auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles clôture un travail de longue haleine pour déployer des dynamiques participatives afin d’analyser collectivement les pratiques et redéfinir des priorités, renouveler des partenariats et renégocier des engagements avec les pouvoirs publics locaux, permettant une projection stratégique pour les cinq années suivantes.
Or la prolongation a été votée deux jours après la date limite pour fixée pour le dépôt des dossiers de ces Centres culturels. Les équipes avaient respecté un calendrier officiellement confirmé et mené à bien les préparatifs exigeants qui leur sont imposés. La décision balaie ces investissements et les accord conclus, y compris financiers.
Les modalités d’instruction des dossiers communiquées en janvier entretiennent par ailleurs un flou sur les perspectives réelles de décision. L’hypothèse qu’un nombre limité de Centres puisse bénéficier d’une reconduction, sous réserve de moyens libérés ailleurs, installe de fait une logique de concurrence entre opérateurs.
Un secteur déjà sous pression
Ces mesures s’inscrivent dans un climat d’économies et de réformes généralisées sur fond de tensions croissantes autour de la valeur sociétale de la culture subventionnée. Les effets se font déjà sentir : réduction d’activités, hausse des tarifs, pression vers des choix plus rentables, fragilisation de l’emploi.
Au sein des équipes, les sentiments de manque de reconnaissance, d’incertitude et de perte de repères, de démobilisation et d’épuisement s’accentuent. Or l’action des Centres culturels repose largement sur l’engagement et la créativité des professionnel·le·s.
À terme, c’est l’exercice des droits culturels – en particulier pour les publics les plus vulnérables – qui risque de s’en trouver affaibli.
Le positionnement de l’ASTRAC
En tant que Réseau des professionnel·le·s en Centres culturels, le rôle de l’ASTRAC n’est pas de plaider le cas de certains opérateurs en particulier. Il est au contraire de défendre, pour tout un secteur et ses travailleur·euse·s, les conditions professionnelles qui sont nécessaires à la poursuite des missions cruciales des Centres culturels : la continuité et la qualité des pratiques, l’implication durable et le bien-être des équipes.
Nous défendons :
- un cadre prévisible, transparent et équitable ;
- la reconnaissance du travail mené par les équipes, le respect des mobilisations territoriales et des engagements rendus possibles par ce travail ;
- l’instruction des dossiers par les commissions d’avis et la communication de leurs avis aux Centres culturels dans les délais décrétaux ;
- la solidarité historique au sein du secteur, le refus d’une mise en concurrence entre Centres culturels.
Pour ces raisons, nous estimons que la prolongation des contrats-programmes en cours des 26 Centres ayant introduit une demande de reconduction en décembre est inacceptable.
Nous avons adressé, le 11 février 2026, un courrier à la Ministre-Présidente en charge de la Culture afin de lui demander de revenir sur cette décision.
